Chapitre II

Mes parents et grands-parents

Mon grand-père Pierre Roussel "Pit Roussel ", épousa en première noce Emilie Pineault. Elle décéda le jour de la naissance de papa, ce qui faisait dire à papa: " je n'ai pas une grosse capacité, j'ai été élevé par une fille engagée ". Grand-père épousa en seconde noce Gracieuse Dubord. Ils eurent une assez grosse famille:

  • Valentine
  • Mathilde
  • Marie-Anne
  • Xavier surnommé Cazeault
  • Jean-Baptiste
  • Aurèle
  • Joseph
  • Philippe
  • Adjutor
  • Emilie
  • Adéline.

Aujourd'hui, survivent: Marie-Anne 83 ans, Aurèle 85 ans, Philippe 80, Emilie 78, Adéline 76.

Papa passa ses premières années chez son parrain: son oncle Prudent qui demeurait à quelques arpents de chez grand-père. Il revint chez grand-père vers l'âge de 5 ou 6 ans. Mais il était resté attaché très profondément à son parrain Prudent et sa marraine Césarie. Il me semble qu'elle s'appelait Césarie. Je l'ai connue... Une belle et bonne vieille; je ne sais pas son nom de famille. Peut-être était-elle la sur de grand-mère Dubord, la seconde femme de grand-père. Papa nous racontait qu'il désertait de chez son père et il allait chez son parrain Prudent. Grand-père allait le chercher et pour le punir, lui faisait faire la prière suivante:

" Mon Dieu, ayez pitié de mon grand innocent
Qui va chez son oncle Prudent. "

Papa disait que la prière se disait assez bien, mais que c'était une torture de dire les 4 derniers mots!

Grand-père Pit avait une grosse besogne de cultivateur: une quinzaine de vaches, huit à dix chevaux, etc... Il a cessé de travailler assez jeune. Les garçons faisaient la besogne et grand-père gérait. Il va sans dire que grand-père avait une jambe de 4 pouces plus courte que l'autre.

A ma connaissance, grand-père Pit faisait affaire avec des gens de SteAngèle, St-Gabriel et St-Marcellin. Ces dernières paroisses, dans le temps, étaient des places de colonisation et les colons venaient acheter chez grand-père du lard, de l'avoine, surtout des chevaux. Je parle en connaissance de cause, car j'ai demeuré chez grand-père vers l'âge de 4 ou 5 ans ; maman était malade et j'ai remarqué beaucoup d'hommes qui visitaient les chevaux, s'en allaient avec des charges de poches de grain et un cheval... C'est loin, c'est vague, mais je m'en rappelle bien.

Tante Emilie et tante Adéline allaient à l'école. Elles avaient de longues chevelures. Un jour tante Emilie me dit: "Notre curé a des cheveux grands comme ça "... Quelques jours plus tard, le curé passe... Il n'avait pas un cheveu... et les dents noires... c'était un fumeur je suppose.

Je me souviens aussi que chez grand-père on chantait beaucoup. Grand-père jouait du violon et il était gaucher. L'oncle Philippe jouait de la musique à bouche, les tantes étiraient l'accordéon, l'oncle Baptiste, surnommé Catin, jouait du violon. Je me rappelle très bien avoir vu danser des gigues simples par l'oncle Aurèle, la tante Emilie, l'oncle Philippe. On m'avait appris ma première chanson avec assez de difficultés, avais-je la tête dure:

Mon souvenir est toujours là,
0 toi qui ne peut plus m'entendre
Toi que j'aimais d'amour si tendre
Ton souvenir est toujours là

Je me rappelle les belles réunions de famille qui se faisaient chez grand-père. On riait beaucoup. Je ne sais pourquoi, j'étais trop jeune, mais je sais que les anciens Roussel étaient très drôles, avaient beaucoup d'humour; des témoins oculaires m'en ont fait la remarque:

" Les Cazeault, ils avaient le diable au corps pour faire rire les autres."

Vers 1885, papa, en soif d'aventures, est allé travailler à Pointe-Claire, Montréal, au chemin en construction (le Canadien Pacific ). Quand je suis passé à cet endroit, je me disais: Papa a travaillé ici. A son retour, avec une couple de cents dollars en poche, il a fait l'acquisition d'une terre à Ste-Angèle, le long de la rivière Neigette; cette terre appartient à Sylvius Roussel présentement. Fort probable que grand-père y a mis du sien parce que la terre valait plus de deux cents dollars.

Il fallait trouver une compagne. Papa avait une jument blanche. Un dimanche après-midi, ce qui arrive à la porte d'une école non loin du Grand-Remous, une voiture tirée par un beau cheval blanc, et conduite par un bel homme blond, aux yeux bleus, délicat, qui entre et demande le chemin pour aller à Ste-Angèle village. Continuez tout droit, lui dit l'institutrice et vous y serez dans une demi heure. On parle peu, je ne sais ce qu'on dit car je n'étais pas là, puis on se laisse. Au lieu d'aller vers Ste-Angèle notre voyageur se dirige du côté opposé! Le dimanche suivant, le même voyageur revient. L'institutrice allait être mère, alors ça vous dit tout...

Papa et maman s'unirent vers 1888. Maman avait enseigné quelques années à $75.00 par an, et il fallait vivre à deux avec ce petit salaire, elle et sa sur Anne, de treize ans environ. Je suis né le 21 juin 1890. Mon parrain fut mon grand-papa Roussel. Maman m'appela Louis parce que le 21 juin est la fête de St-Louis de Gonzague, que j'ai si mal imité; de plus, grand-papa Langlais s'appelait Louis. Il paraît que j'ai été difficile à élever. J'ai été maladif pendant plusieurs années, ce qui faisait dire à papa: "mardi enfant... tu n'étais pas élevable, tu as braillé jusqu'à 3 ans." Un soir papa va chercher un "reau" à tisser chez grand-père, c'était l'hiver. Il faut amener p'tit Louis chez son grand-père. De retour chez nous, vers les onze heures, j'ai mal aux oreilles. Papa passe la nuit ou une partie de la nuit à me promener dans ses bras; c'est un ancien remède contre le mal d'oreille. - pauvre papa.

Maman, Marie-Louise Langlais, fille de Louis Langlais de St-Denis de la Bouteillerie de Kamouraska, était venue enseigner à Ste-Angèle, attirée par son oncle, Irenée Langlais, cultivateur au village de St-Angèle . Son père et sa mère étaient morts à quelques semaines d'intervalle et la famille, composée de: Marie, Jacques, Marie-Louise, Louis, Denis, Ignace, Jean, Ignace, Thomas et Henriette, fut recueillie par des parents et amis. Jacques épousa une vieille demoiselle qui l'avait élevée. Elle était beaucoup plus vieille que mon oncle, je ne me rappelle pas de son nom, je l'ai vue une seule fois. Marie-Louise et Henriette entrèrent chez les Ursulines; Marie-Louise, rhumatisante dut laisser la communauté. Henriette laissa aussi pour devenir la cofondatrice des religieuses dominicaines de l'Enfant-Jésus du Séminaire de Québec. Je l'ai vue pour la dernière fois en 1933 et elle mourut peu après. Anne suivit ma mère et épousa mon oncle Xavier (Cazeault). Le dernier de la famille, Thomas, fut élevé par maman. Il pouvait avoir six ou sept ans plus vieux que moi. Il se maria à 21 ans et mourut à 22.

Grand-papa Langlais eut pour ancêtre un enfant trouvé sur la grève aux environs de St-Denis de-Ia-Bouteillerie. On dit que c'était un naufragé ne parlant pas français. Il fut recueilli par je ne sais qui. Qui était ce naufragé? C'était un petit anglais. D'où venait-il? J'en sais rien. J'ai vu ça plus d'une fois dans les livres: "La lignée des Langlais, J'en sais rien". L'anglais dut apprendre à parler français et plus tard se maria. Il eut plusieurs fils: Louis, ( mon grand-père), mon oncle Rémi, mon oncle Irenée, de Ste-Angèle, et un autre, religieux de la Congrégation de Ste-Croix. Ce dernier a enseigné à Memromcook, N.B. plusieurs années, et il a peut-être connu le frère André!! Je crois qu'il s'appelait Ignace.

Une couple d'années après son mariage, papa fit l'acquisition d'une terre de l'autre côté de la rivière Neigette. C'est dire qu'à partir de ce moment il fallait à tout instant enjamber cette rivière, il n'y avait pas de pont. Il y avait là, l'occasion de se noyer quatre fois par année. Il y avait des bâtisses sur les deux terres. La maison où je suis né fut vendue et transportée ailleurs; et on alla habiter la nouvelle propriété.

La famille a vécu sur la seconde propriété jusqu'en 1915 ou 16... puis alla vivre à Luceville. J'étais alors parti de chez nous. J'ai laissé en février 1907.

Il fallait cultiver les deux terres, garder des animaux, hiver et été sur les deux terres, traverser la rivière sur la glace; et à l'eau l'été, à dos de cheval ou en chaland.

Quand venait le printemps et que la rivière était à l'eau claire au milieu, et qu'il y avait encore de la glace dans les bords, on étendait une échelle et on passait dessus, pour aller soigner les taurailles, les moutons.